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16
Je me disais, et il fallait je crois que je me le dise, afin de m'endormir sans perdre une fois de plus deux heures d'attente inutiles, et nuisibles à ma santé,
que je devais me sentir relâché, autant que je devais l'être dans mon sommeil (à venir). Je devais aussi éviter les idées qui m'effleuraient, puis affluaient en abondance dans mon esprit,
comme par mégarde, au pire sans que je m'en rende compte ou suffisamment compte, pris au piège quasi incessant de celles-ci. C'était un peu comme ces vieux shoot-them-up qu'on faisait dans le temps…
Je me disais ensuite que je ne tarderais pas à dormir, et juste après j'ajoutais avec un certain tempérament : « oh, non, … rien ne me retarderait ! »
Ma couverture était à terre.
J'avais froid, c'était normal. Puis je regardai au-dessus de moi.
« Seigneur, le toit avait été arraché, il ne restait que des brisants ! », et pour me soutenir, mes yeux se dirigèrent vers Charlie. Il était à côté de moi, la pluie sur le visage.
Nous quittâmes son habitation, regardant d'un oeil vif où se trouvaient les autres.
Clark, Circonstance et Anna avaient disparu ! Philippe et Nathalie n'avaient pas été réveillés, alors que la pluie n'atteignait pas leurs chambres. En effet, le toit était encore intact dans cette partie. Nous sortîmes et partîmes à la recherche de nos trois amis, laissant Philippe dans la chambre, ainsi que Nathalie.
Aucun appel n'avait été émis. Le Delta d'Anna était toujours à sa place. Il pleuvait à pierre pourfendre, et les pierres gémissaient, tandis que sur terre, l'eau ruisselait pour pouvoir s'y engouffrer.
L'eau coulerait bientôt dans nos chaussures, si nous restions dans l'encaissement de la petite vallée, dans laquelle « s'enfonçait » maintenant la maison.
De plus, nos voix serrées et assourdies par le temps, ne pouvaient porter qu'à une petite dizaine de mètres au plus.
Nous regrettions de ne pas être dans le brouhaha motorisé de la ville, à cause duquel il est difficile de communiquer, d'un côté à l'autre de la chaussée.
Nous nous dirigeâmes vers la maison la plus proche, et serrèrent les coudes, quand Charlie me prévint que personne n'y habitait, mais que pendant la soirée de la veille, des voix, tantôt des lampes, s'y entendaient et s'allumaient.
Nous n'étions pas dans un film d'épouvante, mais devions rester sur nos gardes, face à d'éventuels rôdeurs ou squatters. Ils avaient par ailleurs peut-être enlevés nos amis. Nous devions en avoir le coeur net, et quoi de mieux que de se sécher là-bas pour cela…
Nous pataugeâmes dans une rivière. Je me remis à espérer dans les beuglements du vent,
alors que nous enjambions la clôture d'un champ, qu'il nous restait à franchir, ..
pour parvenir 'dans' le sentier en pente douce,
qui menait devant une maison à colombages.
Des peupliers la longeaient à angle droit, tout autour d'elle. Nous étions presque à destination, et nous nous retournâmes contre le vent, qui nous contraignait à avancer, dans l'espoir d'y voir nos amis disparus.
Il ne pleuvait plus derrière nous. Le toit de la demeure de Charlie était intact. Mais où étions-nous ? Était-ce une éclipse de temps et de lieu qui nous frappait, telle que j'en avais entendu parler, lorsque j'habitais à Abrasyen, qui état situé au nord de Talaante et à proximité de la Sierra Dorinne ?
Les habitants de celle-ci racontaient qu'elles n'apparaissaient que dans les villes, car seules celles-ci pouvaient être touchées par… Eh bien, ils s'étaient trompés ! Nous étions en pleine campagne. Les feuillages de quelques hêtres de Spath, faisaient de l'ombre à ceux des peupliers, car leurs branches pendantes, prenaient la place libre, sous ceux des peupliers. Il y avait des lamelles qui brillaient, en dessous du ciel ensoleillé, et les feuilles ainsi, étaient secouées autour de leurs pétioles, qui tournoyaient telles de petites plaquettes en incandescence.
Quelques unes se détachaient pour atterrir sur terre.
D'autres voltigeaient, peu impatientes de rejoindre le sol. Étaient-ce des peupliers Tremble dont les feuilles tremblaient, comme leur nom l'indique ? Quant à Charlie, il ne reconnaissait pas la maison. Ce n'était plus la même, et ceci expliquait les présences anormales, qu'il avait remarquées préalablement de chez lui.
La lumière se réfléchissait sur les corniches, laissant l'obscurité à l'écart d'elles, ainsi que les briques et ses murs, dans un rouge un peu déteint, mais sans abîme avec sa propre réalité. Plus loin, un lampadaire épousait l'aspect d'un arbre à proximité, car celui-ci le recouvrait partiellement avec son branchage. Au-dessus des habitations, dans le sens de la route, à partir d'un angle qui se prolongeait vers quelque hauteur céleste, un nuage éclairé effleurait au bout de la rue, les toits qui la surplombaient. Quand soudain, ils virent des agents de la BKP, avec leurs carabines aux poids assommants, qui maintenaient en joue Clark et Anna, afin qu'ils restent à distance, tandis que d'autres agents saisissaient les commandes de leur Delta ou plutôt du sien. (A Frédérique)
« De toute façon, nous ne devions pas les laisser en plan ainsi ! Comme toi, je souhaite retourner sur Téhra 1, mais ma volonté n'a pas encore pris le pas sur mes souhaits » Des avions prirent leur ascension. « Nous devons nous faire à l'idée de rester sur Téhra 2 pendant un certain temps, ils ne veulent plus de nous là-bas. Ce fut d'abord toi qui décida, c'est maintenant moi !…pour toi », acheva-t-elle de dire.
- Quel avenir avons-nous ici ?
Ils aperçurent Frédérique et Charlie.
« Quelles sont ces habitations ? Où sommes-nous ? », demanda Frédérique.
« Je n'en sais rien, répondit Clark. Tout ce que je sais, c'est que je veux retourner chez moi ou rejoindre mes parents… qui sont ici, je veux dire sur cette terre ! S'il nous arrive quelque chose, je ne veux pas leur faire cette peine là… Je ne les ai plus vus depuis si longtemps.
- Du calme Clark », répondit Frédérique.
« Frédérique t'a aidé et il voulait t'aider. Il le veut encore. Ce n'est pas de sa faute si nous sommes ici, et que nous sommes la proie de fantasmes et de rêves ! Et tu es lié à cette histoire, par le collier, comme nous tous. Nous avons tous un devoir à accomplir… et tu ne peux laisser Philippe ainsi… Tes parents n'habitent plus à Talaante », ajouta-t-elle.
« Et qu'allons-nous faire alors ? Qu'attendons-nous ?
- Je n'en sais rien, Clark »
Le Gsm de Frédérique sonna.
« Allo, Frédérique ? Où es-tu ? Je me suis réveillée, il y une dizaine de minutes, pour m'apercevoir que vous étiez tous partis, sans me prévenir !
- C'est difficile à expliquer chérie. Je ne peux pas vraiment te répondre. Nous ne t'avons pas trouvé à l'intérieur. Nous sommes… comment dire… ailleurs. Le Delta est-il toujours en fonctionnement ?
- Oui. Eh bien, dirige-toi d'après notre signal ! »
Nathalie fut sur les lieux en moins de cinq minutes.
« C'est à peine croyable. Nous sommes tout près de la frontière entre notre monde et celui-ci. Crois-tu que nous sommes dans un monde où nous pouvons réaliser nos souhaits ? A moins que ce ne soit le reflet de notre volonté qui puisse s'y réaliser… ou de nos passions », affirma Clark
« Dans ce cas, ces deux mondes ont besoin l'un de l'autre. Ils s'épousent naturellement », ajouta Anna.
« Sans doute », répondit Charlie.
« Nous ne pouvons donc pas condamner ce nouveau monde », dit Nathalie.
« Tant qu'il n'est pas dangereux », marmonna Clark.
« Et qu'il ne nous échappe pas… », finit par dire Frédérique. Mais où est Circonstance ?
Ils se retournèrent tous en même temps, car des chiens aboyaient depuis la demeure de Charlie. Le son paraissait défier la loi de l'espace, qui unissait ces lieux en deux mondes parallèles, à condition peut-être que celui-ci émane d'un être vivant, exprimant une agitation intérieure, comme s'il en avait décidé… Circonstance courait plus vite encore que la dernière fois où Frédérique et Clark l'avaient vu. Il se déhanchait remarquablement, à faire pâlir un coureur d'athlétisme. Trois chiens qui s'étaient organisés en meute, le poursuivaient, les babines chaudes et leur langue se promenant le long de leur corps.
Un Andralyen tentait de les rattraper. Il était trapu, sur de courtes jambes, et un léger embonpoint ressortait de temps à autre, au-dessus de son jean bleu.
Sa toile glissait sur le côté. Il criait : « au voleur, au voleur ! Il m'a volé ma nourriture ! » Circonstance paraissait soucieux, car il n'avait jamais vu des chiens aussi bien dressés, surtout parce qu'il était sûr, de ne pas les voir vus dans la propriété de cette espèce d'Andralyen.
Un des trois chiens s'écarta de la trajectoire subitement, comme s'il avait subi une défaillance, et que son attention pour Circonstance se soit estompée, du rouge au blanc,
par une envie soudaine de batifoler au grand air.
Il disparut dans celui-ci, en même temps qu'un autre chien, au regard très tendre et efféminé, se tenait à quelques enjambées de celui-ci.
Les autres disparurent dans les mêmes conditions.
C'est qu'inconsciemment, Circonstance s'était mis à espérer qu'il y en ait d'autres, qu'ils se distraient ensemble, et lui fichent la paix.
Les traits de l'Andralyen redoublèrent d'intensité : « Seigneur, qu'as-tu fait aux chiens ? cria-t-il au loin. » Circonstance ne se retourna pas, sauf pour dire : « c'est à eux qu'il faut demander ! Non de Dieu ! »
« Ils ont disparus comme un nuage, peut se dissoudre dans le ciel, ou un mirage…, » crut éclairer Anna.
« Des chiens abandonnés sans doute, maintenant perdus… obéissants aussi, me portant de l'aide…et ce malfaiteur pour finir qui s'en va.
- Nous le connaissons bien, ce n'est pas un voleur. Il nous a au contraire aider à fuir des gens, qui nous voulaient du mal ! », répondit Frédérique. « Vous voyez bien qu'il n'a pas de nourriture sur lui !
- Par les temps qui courent… », fit l'Andralyen.
« Vous vous êtes peut-être, emballés trop vite, contre cet Andralyen », ajouta Nathalie.
« Nous vous raccompagnons chez vous, n'ayez crainte, nous ne sommes pas des voleurs ! », dit Clark avec assurance.
« Quel est ce lieu ? Je ne l'ai jamais vu, pourtant j'habite près d'ici de- puis longtemps. » …
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